Evénements dans
le quartier
Saint Jacques à Perpignan
mai 2005

Depuis ce triste dimanche du 22 mai à Perpignan où dans le quartier Saint Jacques un Maghrébin a été lâchement battu à mort par un groupe de Gitans ; deux communautés qui cohabitent depuis longtemps sans qu’il ne se passe de gros incidents sont maintenant plongées dans la révolte pour l’une et la peur pour l’autre.
A l’origine de cela un fait de délinquance comme en connaissent tant de quartiers défavorisés dans notre pays… Cette fois c’est (chez nous), à Perpignan : un jeune gitan (encore mineur), depuis longtemps tombé dans une délinquance quotidienne, connu de tout le monde et bien sûr des services de la police qui est à l'origine du drame.
On connaît la suite où les événements se bousculent : intimidation, marche silencieuse, charge de police sur des centaines de jeunes maghrébins révoltés…Un autre meurtre vient s'ajouter à cet événement... Y a-t-il un rapport ? A la justice de le dire. S'en suivent des manifs pas silencieuses, vitrines saccagées, voitures brûlées et des arrestations suivies de jugements rapides. … Un quartier en état de siège et des familles entières qui fuient le quartier Saint Jacques… (Au moins celles qui en ont les moyens !)

On connaît aussi avec quel empressement ceux qui ne connaissent pas grand chose à la réalité du quartier s’emparent de ce fait pour lever les deux communautés l’une contre l’autre. Blâmer toute la communauté gitane et faire retomber sur elle les nombreuses dérives sociales que connaît tout groupe humain acculé au chômage et à la paupérisation. On généralise, et on mélange… Tout le monde a peur ! Toujours est-il que la situation plonge tout le monde dans l'angoisse. Et les exagérations de tous ordres risquent de prendre la place de la raison.
Non, les Gitans et les Maghrébins ne sont pas ennemis jurés!
Oui, Gitans et Maghrébins vivent ensemble les mêmes événements, les mêmes joies, les mêmes peurs, partagent les mêmes fêtes de quartier et participent ensemble avec ce qu'ils sont à la vie associative de Saint Jacques. (J'ai partagé pendant 8 ans leur vie à Saint Jacques)... Non les Gitans ne sont pas irréprochables... les Maghrébins non plus : tout comme chacun d'entre nous!

Hélas! Les événements de ces derniers jours viennent de briser une solidarité et une fraternité intercommunautaire propre à Saint Jacques parce que les liens entre Gitans et Maghrébins dans ce quartier étaient forts même s'il les uns et les autres pouvaient avoir des griefs réciproques.
Et les "politiques" dans cela seraient inspirés aujourd’hui de faire preuve de discrétion et de solidarité pour défendre unanimement Gitans et Maghrébins pour ce qu'ils sont et non pas à des fins politiciennes.... Chacun a su à sa façon et quand il a fallu profiter des deux communautés!
Aujourd'hui l'urgent est à l'apaisement, à la réconciliation en laissant la justice faire son travail. La reconstruction du lien social par l’école, les associations, le simple voisinage risque de prendre du temps.
Certains émettent des craintes de repli communautaire… identitaire… de ghettoïsation.
Et si jamais c’était le cas : pourquoi leur en faire le reproche puisque nous n’avons jamais bien accepté la présence des Gitans chez nous…guère mieux celle des Maghrébins alors que c'est nous qui sommes allés les chercher!

A chacun de tendre la main, à certains d'aider pour que les mains se tendent et parviennent à se serrer... A d'autres, à tous, d'inventer de nouveaux chemins de rencontre et de respect.
Ensemble accueillons ce que nous sommes: Gitans, Magrébins, payos
Ensemble partageons nos différences.

Niglo.Michto


 

POUR MIEUX COMPRENDRE: voici un extrait d'une interwiev de Jean-Claude Olive sociologue qui connaît bien les Gitans de Perpignan.

Ce meur
tre est un décrochage violent, et donc inattendu, dans une situation entre communautés qui évolue plutôt positivement ces derniers temps. Le fait est inadmissible mais il n'est surtout pas significatif ni explicatif d'un climat général. Et pour commencer, il n'y a pas deux communautés. Il s'agit de deux groupes sociaux certes distincts mais extraordinairement diversifiés en leur propre sein : des gitans qui sont là depuis six siècles, intégrés jusque dans la mécanique politique de la ville, qui ont pu s'enrichir, d'autres qui viennent d'arriver, d'autres encore qui sont toujours nomades. De même, il faut distinguer les Maghrébins arabophones et berbérophones, ceux qui sont originaires du Maroc et les originaires d'Algérie. Ils ne se ressemblent pas.

Qu'est-ce qui donne donc le sentiment que ce sont deux blocs qui s'affrontent ?

Il n'y a pas affrontement entre deux blocs, j'insiste. Il y aurait plutôt triangulation... C'est une partie à trois qui se déroule : les gitans, les Maghrébins et «nous» qui avons une grosse part de responsabilité : d'abord ce pays a commencé à accueillir ces gitans ici dès 1425. Les Maghrébins y sont arrivés dans les années 60 et 70 parce que nous avons fait appel à eux... Et nous laissons aujourd'hui les enfants de cette immigration au chômage... Nous ne pouvons pas faire comme s'ils étaient là par hasard. Il n'y a même pas de phénomène de ghettoïsation : des gitans habitent dans tous les quartiers de la ville, dans les HLM de la périphérie et même en zone rurale. La population maghrébine a rejoint les gitans les plus déshérités dans le quartier Saint-Jacques, mais beaucoup se sont émancipés depuis. Ils sont de plus en plus de jeunes Maghrébins à réussir leur intégration dans la vie économique et sociale par l'école, puisqu'elle n'est plus possible directement par le travail. Cela passe trop inaperçu. Si l'inspecteur d'académie, le directeur de l'hôpital ou de la Ddass prenaient plus souvent la parole, ils pourraient indiquer que cette intégration se fait de mieux en mieux...

EXTRAITS DE PRESSE

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24/05/2005 21:10
PERPIGNAN (AFP) - Meurtre de Perpignan: mise en examen de trois jeunes gitans

[Une voiture de police circule, le 24 mai 2005 à Perpignan, devant le restaurant du quartier Saint-Jacques où un jeune homme d'origine maghrébine a été battu à mort le 22 mai - © 2005 AFP - Raymond Roig]
La tension restait perceptible mardi dans le centre de Perpignan après des incidents entre jeunes maghrebins et gitans, après la mise en examen de trois jeunes gitans pour leur participation au meurtre dimanche de Mohammed Beybachir, 28 ans, tué à coups de barre de fer. Le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy (UMP) a appelé mardi "à éviter le piège de la confrontation" et a proposé que les commerces de la ville baissent leurs rideaux de fer samedi matin "pour associer toute la population au deuil de la famille" du jeune maghrébin battu à mort par des gitans.Mardi en fin de journée, deux gitans, Giovanni Cargol, 20 ans, et un mineur âgé de 17 ans, ont été mis en examen pour "meurtre en bande organisée", ce qui "pourrait leur valoir une condamnation à perpétuité", a indiqué le procureur de la République Jean-Pierre Dreno lors d'une conférence de presse."Un mineur de quinze ans" dont l'implication dans le meurtre n'a pu être établie, mais dont une tentative de vol est à l'origine de la rixe "doit être placé dans une structure spécialisée", a indiqué le magistrat, précisant que les trois jeunes avaient reconnu leur participation au drame.Un quatrième suspect a été entendu et relâché, aucun charge n'ayant été retenue contre lui. Selon le procureur Dreno et Henri Castets, directeur départemental de sécurité publique, le plus jeune des trois gitans a dans un premier temps cassé le pare-brise arrière de l'auto de Mohammed Beybachir, après que celui-ci lui eut fait une remarque parce qu'il l'avait surpris en train de voler un véhicule proche du sien."La discussion s'est envenimée et le jeune mineur a appelé ses cousins à la rescousse. Entouré de plusieurs gitans hostiles, la victime a tenté de se défendre et a porté un coup de couteau au visage de l'un d'eux", ont-ils expliqué. "D'autres gitans sont ensuite arrivés armés de tuyaux de plomb, et d'un club de golf poursuivant la victime à une vingtaine, jusque dans un restaurant où il a été roué de coups à mort".La paix intercommunautaire, souvent mise en avant par le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy (UMP), a reçu depuis dimanche un rude coup. Mais "il faut que tous ceux qui ont la volonté de fraternité se mobilisent dans un deuil commun", a estimé M. Alduy, s'exprimant en présence de la famille de la victime du "lynchage d'une sauvagerie extrême" de dimanche."Le drame c'est aussi qu'un acte de violence est en train de mettre à mal tous les progrès accomplis depuis douze ans pour fabriquer du lien social entre les communautés qui vivent à Perpignan", a-t-il ajouté. "Il faut combattre ce retour en arrière"."La vengeance est inadmissible. La justice fait son travail et a mis en examen trois meurtriers présumés, quarante huit heure après les faits", a pour sa part indiqué le procureur. "Il faut que ceux qui connaissent les éléments criminels témoignent, que l'omerta cesse (...) Mais la loi de République s'appliquera a tous et à toutes les communautés", a-t-il insisté en demandant un retour au calme."Il faut que justice soit faite, mais nous ne voulons pas de violence, nous ne voulons pas d'autres morts", a indiqué une soeur de la victime lors de la conférence de presse du maire. Le frère du jeune homme tué a lui aussi souhaité que le calme revienne, appelant "les jeunes maghrébins à être solidaires et à ne rien casser".Mardi en début de soirée, les représentants leaders des communautés maghrébine et gitane relayaient eux aussi le message, tandis qu'une compagnie de CRS avait été envoyée en renfort pour prévenir de nouveaux incidents après ceux survenus lundi soir.


SUR l'INTERNAUTE ACTUALITE
extraits
L'assassinat de Driss Ghaib (43 ans), tué de quatre balles dimanche soir par un inconnu qui, selon un témoin cité par le procureur, a pris la fuite à pied, a provoqué une nuit d'émeutes. Samedi, une marche pacifique de 5.000 Maghrébins s'était déroulée sans incident à la mémoire de Mohamed Bey-Bachir, 28 ans, bastonné à mort par un groupe de gitans le dimanche 22 mai dans le quartier Saint Jacques, où coexistent les deux communautés.

"C'est un appel au calme et à la raison. Aucune communauté, quelle que soit l'émotion qu'elle peut ressentir, n'est fondée à demander la justice de cette manière dans la rue en commettant autant d'exactions", a expliqué M. Castets lors d'un point-presse conjoint au palais de Justice, d'autant que l'embrasement a été "irrationnel puisqu'on ne connait pas l'origine du meurtrier".
L es Perpignanais du centre ville étaient lundi sous le choc de la flambée de violence qui a secoué leur ville.
Dans le quartier commerçant du centre, occupé par des unités de CRS, on s'efforce de panser ses plaies. Sur plusieurs centaines de mètres, pratiquement tous les commerces ont eu leurs vitrines brisées, et miroitiers et assureurs étaient au travail.
Les saccages - 50 voitures brûlées, vitrines fracassées, poubelles incendiées - s'étaient poursuivis jusqu'àprès minuit.
Lundi, le procureur a indiqué que sur 37 personnes gardées à vue, 3 ont été remises en liberté. Six jeunes ont été déférés et passeront en comparution immédiate pour avoir détenu des marchandises - victuailles ou produits d'entretien - d'origine frauduleuses et 28 sont encore en garde à vue. Durant les échauffourées, 9 personnes, dont aucune n'est dans un état grave, ont été blessées, dont deux par arme à feu. Huit pompiers et policiers ont été par ailleurs légèrement blessés.
Le sénateur-maire UMP de Perpignan Jean-Paul Alduy a estimé lundi, en visitant des magasins saccagés, qu'il fallait "gérer ça par le dialogue".
Interpellé par des Perpignanais, notamment d'origine maghrébine, le maire a été accusé de "clientélisme" à l'égard des gitans. "Je combats le clientélisme, je combats les communautarismes, le racisme", a-t-il répliqué.

A Paris, le MRAP stigmatisait la "conséquence d'une politique de ghettoïsation" qui conduit à une "logique d'affrontement, de haine".
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) et recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, appelait lundi soir les pouvoirs publics à exercer leur "mission apaisante" pour permettre le retour "à la paix et à la sécurité de tous".


Associations : "On va avoir un gros boulot"

Les associations et structures municipales qui œuvrent auprès des populations gitanes et maghrébines sont mises à mal par la lame de fond qui a secoué la ville dimanche. A l’abattement succède le volontarisme. Sera-t-il suffisant? La réponse ne tombera pas avant une échéance bien lointaine.
Les événements, plus particulièrement ceux de dimanche soir, vont laisser bien plus que des stigmates matériels. Ils mettent également à mal le travail de dizaines de travailleurs socioculturels et socio-éducatifs en contact avec l’une ou l’autre des communautés concernées. Parfois même avec les deux.
La première des structures, celle qui vient tout de suite à l’esprit, c’est l’association de la Casa Musicale. Parce qu’elle est la plus voyante, la plus volontiers mise en avant et située à Saint-Jacques. La plus touchée peut-être aujourd’hui. L’annulation de son festival annuel, la "Ida y Vuelta", pour des raisons de sécurité évidentes, vient ternir ce qui devait être le point d’orgue de sa huitième saison. La Casa est par essence en première ligne. Son public est issu des deux communautés qui, pour l’instant, et pas forcément pour tous ceux qui y appartiennent, ne souhaitent plus se mêler. Son personnel l’est aussi. Difficile, dans ses conditions, d’imaginer une activité normale. "On veut se donner le temps. Se voir, discuter, réfléchir, se cadrer avec l’équipe, mais on reprend le travail demain -aujourd’hui. On va ressortir soudé pour la reconstruction", y assure un des salariés. Mais pour faire quoi?
"On ne peut évidemment rien faire pour l’instant. Nous sommes dans une position d’attente. On va avoir un gros boulot", souligne-t-il.
Changement d’échelle, de quartier. A Saint-Mathieu, l’association Ouverture se bat depuis 20 ans pour préserver les enfants, essentiellement issus de la communauté maghrébine des dérives qui leur tendent parfois les bras. Malheureusement, dimanche soir, le quartier a été l’épicentre d’une soirée dramatique à laquelle ils n’ont pas échappé. "Tout ce qu’on avait fait progresser a régressé d’un coup. Tous les a priori que l’on pensait enfouis remontent à la surface. Aucun enfant ne surnage", y révèle-t-on. Le constat y est alarmiste. "Les gamins de 8 à 12 ans ont des déclarations terribles, des discours revanchards et extrêmement brutaux." Se relancer? "Nous avons espoir que, par la vertu du dialogue, les choses s’arrangent, mais il va falloir beaucoup de temps". Dans ces conditions, est-il utile de préciser que le peu d’enfants gitans qui fréquentaient la structure ont disparu?
Des groupes de parole
La Casa Musicale et Ouverture sont deux associations parmi tant d’autres. L’avenir immédiat de leurs actions est compromis, mais elle ne lâche pas leurs ambitions de vue. A condition que les responsables politiques y mettent du leur. D’abord "en arrêtant la récupération", exhorte-t-on à la Casa Musicale. Ensuite "en ouvrant les yeux", plaide-t-on à Ouverture.
La politique, les services municipaux en lien directe avec les enfants ou adolescents gitans ou maghrébins -et les autres, il est important de ne pas l’oublier- l’appliquent en principe au quotidien. Malgré les heures sombres que subit Perpignan, on s’emploie à continuer le travail, sous des formes différentes. Dans les maisons de quartiers, par exemple."On organise des groupes de parole, des discussions. On maintient en fonction, dans la mesure du possible, des actions importantes pour nous et pour la ville", lâche un fonctionnaire proche du service concerné. "Il est vrai pourtant que les "grands frères" recrutés il y a quelques années dans les quartiers ont du mal à faire tampon", révèle un autre employé municipal. Demain, les centres de loisirs de la ville vont connaître leur premier jour de fonctionnement d’après les émeutes. Avec quelle fréquentation? Dans quelle ambiance?

Guillaume Clavaud (dans l'Indépendant - Perpignan) www.lindependant.com


La Dépêche du Midi
(2 juin) www.ladepeche.fr
... Le directeur départemental de la sécurité publique, Henri Castets, a repris contactavec les communautés gitane et maghrébine qui se font face depuis le 22 mai. Il tente de "rassurer les Gitans" qui pour beaucoup, ont quitté ce quartier où cohabitaient les deux communautés pour se réfugier dans une cité HLM dans une ambiance de "siège" sur fond de peur collective. Il explique d'autre part aux Maghrébins que l''on ne peut pas "à la fois réclamer justice et tout casser". "Il faut revenir à la normale, la ville ne peut plus en supporter plus".
Les commerçants du centre ville lancent des appels pour que la clientelle revienne dans la ville presque totalement désertée depuis dimanche.
Dans les écoles du centre, "la rentrée" de ce matin sera sans doute significative de l'évolution des esprits.

SARKOZY A PERPIGNAN déclare la guerre aux voyous
"Nous ne laisserons plus rien passer. Tous ceux qui ne respectent pas les lois de la République seront sanctionnés dès la première infraction."
"Nous agirons avec prudence et maintiendrons des unités à Perpignan autant que nécessaire."

Du côté gitan:
"Il nous a donné les réponses que nous attendions. De la fermeté et du respect des lois... pour le désarmement, je pense que tout le monde est d'accord. Nous ne voulons pas l'affrontement" insite un Gitan représentant une association de locataires dans le quartier Saint Jacques."
Du côté maghrébin:
Nous sommes arrivés devant lui comme des victimes et il nous a regardés comme des voyous. Et nous n'avons entendu qu'un discours sécuritaire répressif qui ne passera pas. A la place des trente policiers supplémentaires, nous aurions préféré la nomination de trente éducateurs de rue."

Sarkozy reviendra dans trois mois faire un tour dans le quartier Saint Jacques pour parler aux jeunes... dit-il !


Jean louis olive, maitre de conférences en sociologie et anthropologie à l’université de Perpignan
"Le pourrissement de la sédentarisation, c'est l'arrière-fond de ce fait divers"
LE MONDE | 26.05.05 | 13h15


Le meurtre de dimanche vous semble-t-il un acte isolé ?
C'est un événement très singulier qui ne me paraît pas représentatif de ce que vivent ces communautés, sinon de leurs fragilités. Reste son utilisation politico-médiatique, avec un phénomène de grossissement, d'hyperbole, qui pourrait entraîner les Gitans dans sa course. C'est un fait divers tragique. Cette situation s'est déjà produite, et a été assez bien régulée, on observe de plus en plus de mariages mixtes et les évolutions sont plutôt encourageantes. Les Gitans, c'est vrai, sont des gens assez vifs, assez fiers, leur comportement est fondé sur un code de l'honneur, en partie désagrégé car cette population souffre de mille maux, mais de là à dire qu'il y a des conflits structurels entre communautés, c'est très exagéré.
Comment s'est formé ce quartier ?
On trouve les premières mentions historiographiques de Gitans en 1425, les archives témoignent de baptêmes, de mariages, avec des patronymes qui existent encore, c'est la preuve d'une réelle stabilité. Mais il s'agit en même temps de populations très mobiles, on les a chassés mille fois, mais ils étaient tacitement autorisés à se réinstaller. L'histoire de leur sédentarisation passe par des assignations à résidence, au XIXe siècle, puis sous Vichy. Elle est malheureusement complète, ce dont ils souffrent, conjuguée à la très grande pauvreté, avec ce qu'elle induit de drogue, de violence. Le pourrissement de la sédentarisation, c'est l'arrière-fond de ce fait divers.
Saint-Jacques a longtemps été le quartier des jardiniers. Les Gitans y vivaient en autarcie économique, ce sont eux qui fournissaient, pour les métiers du métal et du bois, le secteur le plus épanoui de l'époque : l'agriculture. Ce qui explique aujourd'hui leur drame : ils ont perdu leurs métiers. Il reste une concentration de populations fragiles en centre-ville, dans des quartiers peu à peu abandonnés par leurs anciens habitants, surtout après-guerre. Des immeubles à bas loyers, en très mauvais état, accessibles aussi aux Maghrébins. Or les Gitans ont connu jadis un âge d'or en Espagne, lorsqu'ils étaient protégés par les rois. Chez les plus âgés, il reste ce lien très fort de certaines familles gitanes avec le prince, c'était très sensible du temps du père du maire actuel. Il en reste quelque chose, en période électorale. Mais il y a un double sentiment : les Gitans ont l'impression de ne plus être privilégiés, et les Maghrébins revendiquent une égalité des droits
.
Y a-t-il une fracture économique entre les deux groupes ?
La communauté arabo-maghrébine est impliquée dans des réseaux, formels ou informels, mais il y a quelque chose de florissant, une sorte de travail industrieux. Chez les Gitans, on a un sentiment d'abandon. Ils ont une dépendance plus forte aux allocations, c'est d'ailleurs bien par là qu'on les désigne : ce ne sont plus des voleurs, comme au Moyen Age, ce sont des profiteurs, ce qui revient au même. Mon inquiétude, c'est que cette affaire retarde beaucoup d'initiatives encourageantes. Des progrès ont été faits, notamment pour aider les jeunes femmes ; le sida, chez les Gitans, a été une hécatombe, mais, désormais, l'espace hospitalier n'est plus un endroit vécu comme dangereux. De plus en plus de Gitans s'investissent aussi dans l'école. Les Gitans ont des ressources, qui commencent à s'exprimer. Avec le risque que des images un peu caricaturales viennent les briser.

Propos recueillis par Frank Johannès
Article paru dans l'édition du 27.05.05