Depuis ce triste dimanche
du 22 mai à Perpignan où dans le quartier Saint Jacques
un Maghrébin a été lâchement battu à
mort par un groupe de Gitans ; deux communautés qui cohabitent
depuis longtemps sans qu’il ne se passe de gros incidents sont maintenant
plongées dans la révolte pour l’une et la peur pour
l’autre.
A l’origine de cela un fait de délinquance comme en connaissent
tant de quartiers défavorisés dans notre pays… Cette
fois c’est (chez nous), à Perpignan : un jeune gitan (encore
mineur), depuis longtemps tombé dans une délinquance quotidienne,
connu de tout le monde et bien sûr des services de la police qui
est à l'origine du drame.
On connaît la suite où les événements se bousculent
: intimidation, marche silencieuse, charge de police sur des centaines
de jeunes maghrébins révoltés…Un autre meurtre
vient s'ajouter à cet événement... Y a-t-il un rapport
? A la justice de le dire. S'en suivent des manifs pas silencieuses, vitrines
saccagées, voitures brûlées et des arrestations suivies
de jugements rapides. … Un quartier en état de siège
et des familles entières qui fuient le quartier Saint Jacques…
(Au moins celles qui en ont les moyens !)
On connaît aussi avec quel empressement ceux qui ne connaissent
pas grand chose à la réalité du quartier s’emparent
de ce fait pour lever les deux communautés l’une contre l’autre.
Blâmer toute la communauté gitane et faire retomber sur elle
les nombreuses dérives sociales que connaît tout groupe humain
acculé au chômage et à la paupérisation. On
généralise, et on mélange… Tout le monde a
peur ! Toujours est-il que la situation plonge tout le monde dans l'angoisse.
Et les exagérations de tous ordres risquent de prendre la place
de la raison.
Non, les Gitans et les Maghrébins ne sont pas ennemis jurés!
Oui, Gitans et Maghrébins vivent ensemble les mêmes événements,
les mêmes joies, les mêmes peurs, partagent les mêmes
fêtes de quartier et participent ensemble avec ce qu'ils sont à
la vie associative de Saint Jacques. (J'ai partagé pendant 8 ans
leur vie à Saint Jacques)... Non les Gitans ne sont pas irréprochables...
les Maghrébins non plus : tout comme chacun d'entre nous!
Hélas! Les événements de ces derniers jours viennent
de briser une solidarité et une fraternité intercommunautaire
propre à Saint Jacques parce que les liens entre Gitans et Maghrébins
dans ce quartier étaient forts même s'il les uns et les autres
pouvaient avoir des griefs réciproques.
Et les "politiques" dans cela seraient inspirés aujourd’hui
de faire preuve de discrétion et de solidarité pour défendre
unanimement Gitans et Maghrébins pour ce qu'ils sont et non pas
à des fins politiciennes.... Chacun a su à sa façon
et quand il a fallu profiter des deux communautés!
Aujourd'hui l'urgent est à l'apaisement, à la réconciliation
en laissant la justice faire son travail. La reconstruction du lien social
par l’école, les associations, le simple voisinage risque
de prendre du temps.
Certains émettent des craintes de repli communautaire… identitaire…
de ghettoïsation.
Et si jamais c’était le cas : pourquoi leur en faire le reproche
puisque nous n’avons jamais bien accepté la présence
des Gitans chez nous…guère mieux celle des Maghrébins
alors que c'est nous qui sommes allés les chercher!
A chacun de tendre la main, à certains d'aider pour que les mains
se tendent et parviennent à se serrer... A d'autres, à tous,
d'inventer de nouveaux chemins de rencontre et de respect.
Ensemble accueillons ce que nous sommes: Gitans, Magrébins, payos
Ensemble partageons nos différences.
Niglo.Michto
|
|
POUR MIEUX
COMPRENDRE: voici un extrait d'une
interwiev de Jean-Claude Olive sociologue qui connaît bien les Gitans
de Perpignan.
Ce meurtre est un décrochage
violent, et donc inattendu, dans une situation entre communautés
qui évolue plutôt positivement ces derniers temps. Le fait
est inadmissible mais il n'est surtout pas significatif ni explicatif
d'un climat général. Et pour commencer, il n'y a pas deux
communautés. Il s'agit de deux groupes sociaux certes distincts
mais extraordinairement diversifiés en leur propre sein : des gitans
qui sont là depuis six siècles, intégrés jusque
dans la mécanique politique de la ville, qui ont pu s'enrichir,
d'autres qui viennent d'arriver, d'autres encore qui sont toujours nomades.
De même, il faut distinguer les Maghrébins arabophones et
berbérophones, ceux qui sont originaires du Maroc et les originaires
d'Algérie. Ils ne se ressemblent pas.
Qu'est-ce qui donne donc le sentiment que ce sont deux blocs qui s'affrontent
?
Il n'y a pas affrontement entre deux blocs, j'insiste. Il y aurait
plutôt triangulation... C'est une partie à trois qui se déroule
: les gitans, les Maghrébins et «nous» qui avons une
grosse part de responsabilité : d'abord ce pays a commencé
à accueillir ces gitans ici dès 1425. Les Maghrébins
y sont arrivés dans les années 60 et 70 parce que nous avons
fait appel à eux... Et nous laissons aujourd'hui les enfants de
cette immigration au chômage... Nous ne pouvons pas faire comme
s'ils étaient là par hasard. Il n'y a même pas de
phénomène de ghettoïsation : des gitans habitent dans
tous les quartiers de la ville, dans les HLM de la périphérie
et même en zone rurale. La population maghrébine a rejoint
les gitans les plus déshérités dans le quartier Saint-Jacques,
mais beaucoup se sont émancipés depuis. Ils sont de plus
en plus de jeunes Maghrébins à réussir leur intégration
dans la vie économique et sociale par l'école, puisqu'elle
n'est plus possible directement par le travail. Cela passe trop inaperçu.
Si l'inspecteur d'académie, le directeur de l'hôpital ou
de la Ddass prenaient plus souvent la parole, ils pourraient indiquer
que cette intégration se fait de mieux en mieux...
|
| EXTRAITS DE PRESSE |
Toute l'actu France Monde Économie
Culture Sport Sciences Religion
24/05/2005 21:10
PERPIGNAN (AFP) - Meurtre de Perpignan: mise en examen de trois jeunes
gitans
[Une voiture de police circule, le 24 mai 2005 à Perpignan,
devant le restaurant du quartier Saint-Jacques où un jeune homme
d'origine maghrébine a été battu à mort le
22 mai - © 2005 AFP - Raymond Roig]
La tension restait perceptible mardi dans le centre de Perpignan après
des incidents entre jeunes maghrebins et gitans, après la mise
en examen de trois jeunes gitans pour leur participation au meurtre dimanche
de Mohammed Beybachir, 28 ans, tué à coups de barre de fer.
Le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy (UMP) a appelé mardi "à
éviter le piège de la confrontation" et a proposé
que les commerces de la ville baissent leurs rideaux de fer samedi matin
"pour associer toute la population au deuil de la famille" du
jeune maghrébin battu à mort par des gitans.Mardi en fin
de journée, deux gitans, Giovanni Cargol, 20 ans, et un mineur
âgé de 17 ans, ont été mis en examen pour "meurtre
en bande organisée", ce qui "pourrait leur valoir une
condamnation à perpétuité", a indiqué
le procureur de la République Jean-Pierre Dreno lors d'une conférence
de presse."Un mineur de quinze ans" dont l'implication dans
le meurtre n'a pu être établie, mais dont une tentative de
vol est à l'origine de la rixe "doit être placé
dans une structure spécialisée", a indiqué le
magistrat, précisant que les trois jeunes avaient reconnu leur
participation au drame.Un quatrième suspect a été
entendu et relâché, aucun charge n'ayant été
retenue contre lui. Selon le procureur Dreno et Henri Castets, directeur
départemental de sécurité publique, le plus jeune
des trois gitans a dans un premier temps cassé le pare-brise arrière
de l'auto de Mohammed Beybachir, après que celui-ci lui eut fait
une remarque parce qu'il l'avait surpris en train de voler un véhicule
proche du sien."La discussion s'est envenimée et le jeune
mineur a appelé ses cousins à la rescousse. Entouré
de plusieurs gitans hostiles, la victime a tenté de se défendre
et a porté un coup de couteau au visage de l'un d'eux", ont-ils
expliqué. "D'autres gitans sont ensuite arrivés armés
de tuyaux de plomb, et d'un club de golf poursuivant la victime à
une vingtaine, jusque dans un restaurant où il a été
roué de coups à mort".La paix intercommunautaire, souvent
mise en avant par le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy (UMP), a reçu
depuis dimanche un rude coup. Mais "il faut que tous ceux qui ont
la volonté de fraternité se mobilisent dans un deuil commun",
a estimé M. Alduy, s'exprimant en présence de la famille
de la victime du "lynchage d'une sauvagerie extrême" de
dimanche."Le drame c'est aussi qu'un acte de violence est en train
de mettre à mal tous les progrès accomplis depuis douze
ans pour fabriquer du lien social entre les communautés qui vivent
à Perpignan", a-t-il ajouté. "Il faut combattre
ce retour en arrière"."La vengeance est inadmissible.
La justice fait son travail et a mis en examen trois meurtriers présumés,
quarante huit heure après les faits", a pour sa part indiqué
le procureur. "Il faut que ceux qui connaissent les éléments
criminels témoignent, que l'omerta cesse (...) Mais la loi de République
s'appliquera a tous et à toutes les communautés", a-t-il
insisté en demandant un retour au calme."Il faut que justice
soit faite, mais nous ne voulons pas de violence, nous ne voulons pas
d'autres morts", a indiqué une soeur de la victime lors de
la conférence de presse du maire. Le frère du jeune homme
tué a lui aussi souhaité que le calme revienne, appelant
"les jeunes maghrébins à être solidaires et à
ne rien casser".Mardi en début de soirée, les représentants
leaders des communautés maghrébine et gitane relayaient
eux aussi le message, tandis qu'une compagnie de CRS avait été
envoyée en renfort pour prévenir de nouveaux incidents après
ceux survenus lundi soir. |
SUR l'INTERNAUTE ACTUALITE
extraits
L'assassinat de Driss Ghaib (43 ans), tué
de quatre balles dimanche soir par un inconnu qui, selon un témoin
cité par le procureur, a pris la fuite à pied, a provoqué
une nuit d'émeutes. Samedi, une marche pacifique de 5.000 Maghrébins
s'était déroulée sans incident à la mémoire
de Mohamed Bey-Bachir, 28 ans, bastonné à mort par un groupe
de gitans le dimanche 22 mai dans le quartier Saint Jacques, où
coexistent les deux communautés.
"C'est un appel au calme et à la raison. Aucune communauté,
quelle que soit l'émotion qu'elle peut ressentir, n'est fondée
à demander la justice de cette manière dans la rue en commettant
autant d'exactions", a expliqué M. Castets lors d'un point-presse
conjoint au palais de Justice, d'autant que l'embrasement a été
"irrationnel puisqu'on ne connait pas l'origine du meurtrier".
L es Perpignanais du centre ville étaient lundi sous le choc de
la flambée de violence qui a secoué leur ville.
Dans le quartier commerçant du centre, occupé par des unités
de CRS, on s'efforce de panser ses plaies. Sur plusieurs centaines de
mètres, pratiquement tous les commerces ont eu leurs vitrines brisées,
et miroitiers et assureurs étaient au travail.
Les saccages - 50 voitures brûlées, vitrines fracassées,
poubelles incendiées - s'étaient poursuivis jusqu'àprès
minuit.
Lundi, le procureur a indiqué que sur 37 personnes gardées
à vue, 3 ont été remises en liberté. Six jeunes
ont été déférés et passeront en comparution
immédiate pour avoir détenu des marchandises - victuailles
ou produits d'entretien - d'origine frauduleuses et 28 sont encore en
garde à vue. Durant les échauffourées, 9 personnes,
dont aucune n'est dans un état grave, ont été blessées,
dont deux par arme à feu. Huit pompiers et policiers ont été
par ailleurs légèrement blessés.
Le sénateur-maire UMP de Perpignan Jean-Paul Alduy a estimé
lundi, en visitant des magasins saccagés, qu'il fallait "gérer
ça par le dialogue".
Interpellé par des Perpignanais, notamment d'origine maghrébine,
le maire a été accusé de "clientélisme"
à l'égard des gitans. "Je combats le clientélisme,
je combats les communautarismes, le racisme", a-t-il répliqué.
A Paris, le MRAP stigmatisait la "conséquence d'une
politique de ghettoïsation" qui conduit à une "logique
d'affrontement, de haine".
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM)
et recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, appelait lundi
soir les pouvoirs publics à exercer leur "mission apaisante"
pour permettre le retour "à la paix et à la sécurité
de tous".
|
Associations : "On
va avoir un gros boulot" Les associations et
structures municipales qui œuvrent auprès des populations
gitanes et maghrébines sont mises à mal par la lame de fond
qui a secoué la ville dimanche. A l’abattement succède
le volontarisme. Sera-t-il suffisant? La réponse ne tombera pas
avant une échéance bien lointaine.
Les événements, plus particulièrement ceux de dimanche
soir, vont laisser bien plus que des stigmates matériels. Ils mettent
également à mal le travail de dizaines de travailleurs socioculturels
et socio-éducatifs en contact avec l’une ou l’autre
des communautés concernées. Parfois même avec les
deux.
La première des structures, celle qui vient tout de suite à
l’esprit, c’est l’association de la Casa Musicale. Parce
qu’elle est la plus voyante, la plus volontiers mise en avant et
située à Saint-Jacques. La plus touchée peut-être
aujourd’hui. L’annulation de son festival annuel, la "Ida
y Vuelta", pour des raisons de sécurité évidentes,
vient ternir ce qui devait être le point d’orgue de sa huitième
saison. La Casa est par essence en première ligne. Son public est
issu des deux communautés qui, pour l’instant, et pas forcément
pour tous ceux qui y appartiennent, ne souhaitent plus se mêler.
Son personnel l’est aussi. Difficile, dans ses conditions, d’imaginer
une activité normale. "On veut se donner le temps. Se voir,
discuter, réfléchir, se cadrer avec l’équipe,
mais on reprend le travail demain -aujourd’hui. On va ressortir
soudé pour la reconstruction", y assure un des salariés.
Mais pour faire quoi?
"On ne peut évidemment rien faire pour l’instant. Nous
sommes dans une position d’attente. On va avoir un gros boulot",
souligne-t-il.
Changement d’échelle, de quartier. A Saint-Mathieu, l’association
Ouverture se bat depuis 20 ans pour préserver les enfants, essentiellement
issus de la communauté maghrébine des dérives qui
leur tendent parfois les bras. Malheureusement, dimanche soir, le quartier
a été l’épicentre d’une soirée
dramatique à laquelle ils n’ont pas échappé.
"Tout ce qu’on avait fait progresser a régressé
d’un coup. Tous les a priori que l’on pensait enfouis remontent
à la surface. Aucun enfant ne surnage", y révèle-t-on.
Le constat y est alarmiste. "Les gamins de 8 à 12 ans ont
des déclarations terribles, des discours revanchards et extrêmement
brutaux." Se relancer? "Nous avons espoir que, par la vertu
du dialogue, les choses s’arrangent, mais il va falloir beaucoup
de temps". Dans ces conditions, est-il utile de préciser que
le peu d’enfants gitans qui fréquentaient la structure ont
disparu?
Des groupes de parole
La Casa Musicale et Ouverture sont deux associations parmi tant d’autres.
L’avenir immédiat de leurs actions est compromis, mais elle
ne lâche pas leurs ambitions de vue. A condition que les responsables
politiques y mettent du leur. D’abord "en arrêtant la
récupération", exhorte-t-on à la Casa Musicale.
Ensuite "en ouvrant les yeux", plaide-t-on à Ouverture.
La politique, les services municipaux en lien directe avec les enfants
ou adolescents gitans ou maghrébins -et les autres, il est important
de ne pas l’oublier- l’appliquent en principe au quotidien.
Malgré les heures sombres que subit Perpignan, on s’emploie
à continuer le travail, sous des formes différentes. Dans
les maisons de quartiers, par exemple."On organise des groupes de
parole, des discussions. On maintient en fonction, dans la mesure du possible,
des actions importantes pour nous et pour la ville", lâche
un fonctionnaire proche du service concerné. "Il est vrai
pourtant que les "grands frères" recrutés il y
a quelques années dans les quartiers ont du mal à faire
tampon", révèle un autre employé municipal.
Demain, les centres de loisirs de la ville vont connaître leur premier
jour de fonctionnement d’après les émeutes. Avec quelle
fréquentation? Dans quelle ambiance?
Guillaume Clavaud (dans l'Indépendant - Perpignan) www.lindependant.com
|
La Dépêche du Midi (2 juin) www.ladepeche.fr
... Le directeur départemental de la sécurité
publique, Henri Castets, a repris contactavec les communautés gitane
et maghrébine qui se font face depuis le 22 mai. Il tente de "rassurer
les Gitans" qui pour beaucoup, ont quitté ce quartier où
cohabitaient les deux communautés pour se réfugier dans une
cité HLM dans une ambiance de "siège" sur fond de
peur collective. Il explique d'autre part aux Maghrébins que l''on
ne peut pas "à la fois réclamer justice et tout casser".
"Il faut revenir à la normale, la ville ne peut plus en supporter
plus".
Les commerçants du centre ville lancent des appels pour que la clientelle
revienne dans la ville presque totalement désertée depuis
dimanche.
Dans les écoles du centre, "la rentrée" de ce matin
sera sans doute significative de l'évolution des esprits. |
SARKOZY A PERPIGNAN déclare
la guerre aux voyous
"Nous ne laisserons plus rien passer. Tous ceux qui ne
respectent pas les lois de la République seront sanctionnés
dès la première infraction."
"Nous agirons avec prudence et maintiendrons des unités à
Perpignan autant que nécessaire."
Du côté gitan:
"Il nous a donné les réponses que nous attendions.
De la fermeté et du respect des lois... pour le désarmement,
je pense que tout le monde est d'accord. Nous ne voulons pas l'affrontement"
insite un Gitan représentant une association de locataires dans
le quartier Saint Jacques."
Du côté maghrébin:
Nous sommes arrivés devant lui comme des victimes et il nous
a regardés comme des voyous. Et nous n'avons entendu qu'un discours
sécuritaire répressif qui ne passera pas. A la place des
trente policiers supplémentaires, nous aurions préféré
la nomination de trente éducateurs de rue."
Sarkozy reviendra dans trois mois faire
un tour dans le quartier Saint Jacques pour parler aux jeunes... dit-il
!
|
Jean louis olive, maitre de conférences en sociologie et anthropologie
à l’université de Perpignan
"Le pourrissement de la sédentarisation, c'est l'arrière-fond
de ce fait divers"
LE MONDE | 26.05.05 | 13h15
Le meurtre de dimanche vous semble-t-il
un acte isolé ?
C'est un événement très singulier qui ne
me paraît pas représentatif de ce que vivent ces communautés,
sinon de leurs fragilités. Reste son utilisation politico-médiatique,
avec un phénomène de grossissement, d'hyperbole, qui pourrait
entraîner les Gitans dans sa course. C'est un fait divers tragique.
Cette situation s'est déjà produite, et a été
assez bien régulée, on observe de plus en plus de mariages
mixtes et les évolutions sont plutôt encourageantes. Les
Gitans, c'est vrai, sont des gens assez vifs, assez fiers, leur comportement
est fondé sur un code de l'honneur, en partie désagrégé
car cette population souffre de mille maux, mais de là à
dire qu'il y a des conflits structurels entre communautés, c'est
très exagéré.
Comment s'est formé ce quartier
?
On trouve les premières mentions historiographiques de
Gitans en 1425, les archives témoignent de baptêmes, de mariages,
avec des patronymes qui existent encore, c'est la preuve d'une réelle
stabilité. Mais il s'agit en même temps de populations très
mobiles, on les a chassés mille fois, mais ils étaient tacitement
autorisés à se réinstaller. L'histoire de leur sédentarisation
passe par des assignations à résidence, au XIXe siècle,
puis sous Vichy. Elle est malheureusement complète, ce dont ils
souffrent, conjuguée à la très grande pauvreté,
avec ce qu'elle induit de drogue, de violence. Le pourrissement de la
sédentarisation, c'est l'arrière-fond de ce fait divers.
Saint-Jacques a longtemps été le quartier des jardiniers.
Les Gitans y vivaient en autarcie économique, ce sont eux qui fournissaient,
pour les métiers du métal et du bois, le secteur le plus
épanoui de l'époque : l'agriculture. Ce qui explique aujourd'hui
leur drame : ils ont perdu leurs métiers. Il reste une concentration
de populations fragiles en centre-ville, dans des quartiers peu à
peu abandonnés par leurs anciens habitants, surtout après-guerre.
Des immeubles à bas loyers, en très mauvais état,
accessibles aussi aux Maghrébins. Or les Gitans ont connu jadis
un âge d'or en Espagne, lorsqu'ils étaient protégés
par les rois. Chez les plus âgés, il reste ce lien très
fort de certaines familles gitanes avec le prince, c'était très
sensible du temps du père du maire actuel. Il en reste quelque
chose, en période électorale. Mais il y a un double sentiment
: les Gitans ont l'impression de ne plus être privilégiés,
et les Maghrébins revendiquent une égalité des droits.
Y a-t-il une fracture économique
entre les deux groupes ?
La communauté arabo-maghrébine est impliquée
dans des réseaux, formels ou informels, mais il y a quelque chose
de florissant, une sorte de travail industrieux. Chez les Gitans, on a
un sentiment d'abandon. Ils ont une dépendance plus forte aux allocations,
c'est d'ailleurs bien par là qu'on les désigne : ce ne sont
plus des voleurs, comme au Moyen Age, ce sont des profiteurs, ce qui revient
au même. Mon inquiétude, c'est que cette affaire retarde
beaucoup d'initiatives encourageantes. Des progrès ont été
faits, notamment pour aider les jeunes femmes ; le sida, chez les Gitans,
a été une hécatombe, mais, désormais, l'espace
hospitalier n'est plus un endroit vécu comme dangereux. De plus
en plus de Gitans s'investissent aussi dans l'école. Les Gitans
ont des ressources, qui commencent à s'exprimer. Avec le risque
que des images un peu caricaturales viennent les briser.
Propos recueillis par Frank Johannès
Article paru dans l'édition du 27.05.05

|